Mother with son


Posté par Thomas DEBESSE le 31/12/2013 à 14:44. cc Licence CC by (copiez-moi !)

Avertissement : cet article traite de nudité, est illustré de nudité, et de nombreux liens pointent vers des illustrations exposant une nudité explicite.

Suite à l’initiative de la blogueuse égyptienne Aliaa Magda Elmahdy sur son blog en octobre 2011, un « Nude photo revolutionnary calendar » avait été publié en mars 2012 (en rapport avec la journée internationale des droits de la femme le 8 mars).

Alia Magda Elmahdy avait posé avec pour seul vêtement une paire de chaussures, des bas et une fleur dans les cheveux, composant un bichrome noir et rouge. Elle avait publié cette photographie sur son blog, fustigeant l’hypocrisie de ses concitoyens et de nombreux religieux.

Cette initiative avait provoqué une certaine effervescence sur le web, entraînant insultes et menaces des uns, révélant l’incompréhension des autres, mais inspirant également de nombreux soutiens. Et puis, il faut le reconnaître, le phénomène médiatique fut profitable à de nombreuses féministes en mal de légitimité. Les femen et quelques autres faisaient pâle figure à coté d’Alia, et développèrent une stratégie en forme de « Embrace, extend and extinguish ».

Ce calendrier s’est donc terminé en avril 2013, mais la dernière page convient mieux en cette octave de Noël. Cette dernière page montrait donc la polonaise Maja Wolna nue et allaitant un garçon sur une photo d’Agnieszka Hodowana. La photographie est titrée « Mother with son ».

Nude Revolutionary Calendar

Le calendrier est assez hétéroclite, et s’encombre assez vite des poncifs du « patriarcat » et du « dogme » façon mauvais slogan féministe. S’il se veut une réponse et un soutien à Alia Magda Elmahdy, le calendrier prend des airs de récupération et il n’est pas certain qu’elle s’y retrouve elle-même dans toutes les pages.

Cela dit, quelque soit l’appréciation qu’on porte aux uns ou aux autres, on comprendra la présence de la fondatrice de la SlutWalk, d’une membre des femen qui ont pour habitude d’instrumentaliser leur nudité à des fins révolutionnaires, ou, et surtout, d’une mère.

Par contre, on se demandera en quoi le simple fait d’être athée légitime sa présence dans un tel calendrier, et on se posera d’autant plus la question en ce mois de décembre où plusieurs milliards de croyants célèbrent la nudité d’un Dieu nouveau-né, et la nudité d’une parturiente.

Ce qui est remarquable dans cette dernière page, c’est justement la proposition d’une véritable nudité qui dénote avec la tendance générale du calendrier. Cette dernière page rappelle que la nudité n’est pas d’abord celle de la « libération sexuelle » revendiquée assurément par la majorité des intervenantes de ce calendrier, ni la vulgarité de la nudité instrumentalisée et salie par les femen, mais la nudité d’un mystère qui transcende l’humanité et qui constitue un langage profondément religieux.

Au delà de cette image, il y a plusieurs perles dans ce calendrier qui dénotent avec sa tendance générale. Le mois de décembre 2012 proposait une photographie de la syrienne et américaine Mallorie Nasrallah, accompagnée de la phrase «  I carry it with me wherever I go ». Est-il question de son corps (je le porte avec moi partout où je vais) ou de sa nudité (je la porte avec moi partout où je vais) ?

Mais surtout, sans la dernière image, le calendrier n’aurait aucun intérêt.

La photo finale met en scène une mère avec son fils et rappelle une réalité : la femme est nue quand elle accouche, et nue quand elle allaite. L’homme est nu quand il naît.

Mother with son

Mother with son
Citation du calendrier « Nude Revolutionary Calendar 2012-2013», tous droits réservés, cette illustration n’est pas libre.

L’homme naît nu, malgré sa volonté. La femme accouche nue, la femme allaite nue, malgré la volonté de l’homme.

Le mystère de la maternité est un mystère de nudité. Il faut d’abord la nudité de la mère et du père pour concevoir un enfant, et cet enfant dévoilera à son tour la nudité de sa mère quand viendra le moment de sa naissance.

Le mystère de Noël est aussi le mystère de la nudité d’une vierge. Étonnamment, celui qui révèle la nudité de la vierge, c’est ici le fils.

À Noël, c’est le fils qui révèle la nudité de la mère, qui révèle la nudité de la femme, et qui révèle la nudité de la vierge.

Dieu nu dans sa grotte

Les femen doivent être jalouses, elles sont en retard de deux millénaire, et qui plus est, c’est un homme qui leur a volé la vedette !

L’homme est nu, cela pose problème à ceux qui promeuvent de drôles d’idéologies sexuelles et qui voudraient substituer une sexualité physiologique par un genre grammatical. Au regard de ces idéologies, il n’y a rien de plus scandaleux que la nudité qui révèle l’identité et qui ne peut être décliné. Ces idéologies nous feront subir bientôt une pudibonderie que le pire des puritanismes n’a jamais imaginé, sous prétexte de révolution sexuelle ! Le corps est nu, et celui qui nie la réalité du corps doit nier la réalité de la nudité.

Face à ces idéologies et à ses dérives les plus forcenées, la nudité semble la plus violente discrimination. On voudrait nous faire cacher cette nudité scandaleuse qui révèle les différences, et qui révèle que le corps est reçu et que l’être précède l’acte, ce que les idéologues ne savent ou ne veulent pas comprendre.

Le rapport de Marie au Christ est un rapport de nudité, Marie donne naissance à un Christ nu, et l’accompagne jusqu’à sa mort, nu. L’homme éternel est nu.

En ces temps de mensonges et de mépris de la raison, il est un remède efficace par dessus tout : contempler la nudité. Non pas celle des femen, mais celle de la parturiente, et celle du nouveau né, et celle du condamné, et celle du ressuscité, premier né d’entre les morts.

Suivre nu le Christ nu

Assis au fond de ma retraite, seul parce que mon âme était pleine d’amertume, défiguré, maigri, le visage noir comme un Éthiopien, mes membres se desséchaient sous un sac hideux ; tous les jours des larmes, tous les jours des gémissements ; je criais au Seigneur, je pleurais, je priais ; et lorsque, oppressé par le sommeil et luttant contre lui, il venait me surprendre, mon corps épuisé tombait nu sur la terre nue.

Saint Jérôme (ici dans sa lettre à la vierge Eustochia, « Du soin de conserver la virginité ») fait partie de ces grands auteurs qui ont écrit sur cette étonnante spiritualité de « suivre nu le Christ nu », il est probable que c’est à lui qui l’ont doit cette formule, c’est en tout cas ce qu’a retenu la littérature.

Cette spiritualité qui consiste à imiter le Christ et à le suivre dans sa nudité est quelque peu oubliée. Pourtant, elle a marqué les siècles depuis les pères de l’Église jusqu’à François d’Assise qui exprima sa conversion par une dénudation complète. Cette spiritualité a été rappelée récemment dans une œuvre cinématographique majeure, « Jeanne Captive » où Philippe Ramos propose d’approcher la vierge avec le regard de la sage-femme.

La spiritualité de la sage-femme

Approcher le mystère de Noël, ce n’est pas seulement méditer le mystère de la pauvreté, ce n’est pas seulement méditer la grâce d’un nouveau né, c’est aussi méditer ce mystère de l’accouchement.

Noël, c’est aussi et surtout l’occasion unique de recevoir la mère et l’enfant, comme une sage-femme.

On retiendra de Saint Maximilien Kolbe cette parole : « Qui ne veut pas avoir Marie Immaculée pour mère n’aura pas non plus le Christ pour frère », mais Noël nous propose encore une autre grâce : contempler la nativité comme une sage-femme.

La sage-femme est le témoin privilégié de la naissance, mais aussi celle qu’on oublie. Son rôle est aussi grand qu’il est ingrat. Sa présence est aussi précieuse qu’elle est discrète.

S’il faut comprendre la nudité, s’il faut apprendre à l’approcher, il faut faire sien le regard de la sage-femme. Il faut faire sien le regard de celle qui doit approcher la nudité de la mère avecque la nudité de l’enfant. C’est avec ce regard qu’il faut contempler l’homme.

La sage-femme est l’oubliée du mystère, elle est même inconnue du nouveau-né. Mais une seule personne gardera son souvenir : la mère. Approchez-vous de Marie comme d’une sage-femme, approchez-vous de son fils comme le ferait une sage-femme, et dans la communion des saints, vous serez au plus proche du mystère de la nativité.

Vous aurez alors la grâce de contempler le plus beau sourire, mais aussi le plus fugitif, le sourire qui saisit la mère lorsque pour la première fois, elle saisit son enfant et le contemple.

La sage-femme n’est pas seulement celle qui doit approcher la nudité de la mère et de l’enfant, elle est aussi celle qui touche au plus intime du mystère de la nativité.

Au sens propre.

Dévotion à marie parturiente, redécouvrir Joseph

Dans le mystère de l’incarnation, le moment le plus oublié est l’accouchement du Sauveur. Pourtant, cette maïeutique est un objet de contemplation sans limite.

Le mystère de la sage-femme nous fait approcher le mystère de la nativité au plus proche qu’il est possible de s’approcher, il nous fait approcher Marie et son enfant au plus intime de cette incarnation. Mais ce mystère nous familiarise aussi avec un autre personnage, celui de Joseph, celui que Dieu a placé aux cotés de Marie pour accompagner cet accouchement et recevoir le Fils.

Joseph reçoit de Marie le Fils de Dieu, et c’est lui qui le présente à son Père et au monde. Il est le témoin de la joie de la mère, et le témoin du premier cri du nouveau né.

Car dans la pauvreté de la crèche, il est attendu que le sage-femme, celui qui accompagne Marie dans son accouchement, c’est Joseph. Et l’on se rappellera aussi que le premier à avoir tenu ce rôle auprès de la première femme, fut un homme.

Le nu, langage prophétique

La nudité tient une place inévitable dans l’ancien et le nouveau testament, elle est au cœur de l’histoire du peuple élu et au cœur du mystère de l’incarnation et de la rédemption.

« Mother with son » est une des nombreuses œuvres qui ont inspiré mon tableau « Comme au jour de ta naissance » et il est probable qu’elle inspire de prochains tableaux. Pour travailler « Comme au jour de ta naissance », j’avais notamment sélectionné ces cinq versets :

Je te mettrai comme au jour de ta naissance (Os)
Quand tu étais toute nue et baignant dans ton sang (Éz)
Je te rendrai pareil au désert (Os)
Je te réduirais en terre aride (Os)
Je te ferais mourir de soif (Os)

Qui est la bien aimée qui remonte du désert (Cantique), si ce n’est la prostituée (Jérémie) épousée et mise à nue (Osée) comme au jour de sa naissance et de sa mort (Ezéchiel) quand le Père prononce sur elle les paroles de vie (Genèse) ? Qui est celui qui est mis à nu, premier né d’entre les morts, baignant dans son sang à la face des champs et qui épouse cette prostituée ?

La nudité de l’épouse est un thème qui parcours toute la Bible. Le Christ rejoint cette épouse sur la croix.

La nudité est un langage assumé par la pédagogie divine, le langage prophétique par excellence. Si l’on voulait gommer la nudité de la bible, c’est toute la bible qu’il faudrait jeter, et le message chrétien ne peut pas être compris sans faire sienne cette nudité.

C’est un fait, le nu est un langage que Dieu a assumé pour éduquer son peuple, son Église. L’homme est nu de la création à la crucifixion, et Dieu est nu avec lui sur la croix. C’est un grand drame de ne pouvoir assumer le langage de la nudité, et donc de ne pouvoir assumer un langage que Dieu a préféré.

Peut-être que la plus extraordinaire prophétie que puisse faire le christianisme en ce siècle, c’est de se réapproprier la nudité, avec grâce.


Addendum par Thomas DEBESSE le 01/01/2014 à 19:37

Le pape François rappelle dans son homélie sur le titre marial de « mère de Dieu » que tout homme reçoit Marie pour mère à la passion : « Voici ta mère ! » dit le Christ (Jn 19, 27). Mais, dès la Nativité, avant même de découvrir sa relation de fils, tout homme peut s’approcher de Marie et du Christ, comme sage-femme. Les Éphésiens en étaient convaincus, le mystère de la Θεοτόκος est un mystère de sage-femme.


Addendum par Thomas DEBESSE le 12/01/2014 à 18:54.

On me signale dans le numéro 1878 de l’hebdomadaire Famille Chrétienne, une tribune signée du philosope Martin Steffens titrée « Stériles profanations ».

Rebondissant sur un fait divers (l’irruption d’une femen à la messe de minuit à Cologne), il développe plusieurs idées exposées ici : l’analogie entre la révolutionnaire nue et le nouveau né : « un bébé nu et vagissant », « l’enfant dans la crèche […] est plus charnel que sa nudité », la primauté du Christ dans ce langage : « ne savent-elles pas que Dieu les dépasse en tout, même en provocation ? », la tradition de l’Église dans la nudité et le témoignage de François d’Assise : « l’Église ne saurait être salie par ces profanations […] elle est trop peu bourgeoise pour cela […] saint François n’est-il pas sorti nu du procès qui l’opposait à son père ? », etc.

Une plus profonde comparaison entre son article et le mien est développée dans mon article Le cri du nouveau-né.


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Lecture conseillée : La moniale, la mère et la putain, Jeanne Captive : un film prophétique pour un mystère chrétien, et une rencontre…, Le cri du nouveau-né.

Étiquettes : Cantique, Femen, Féminisme, Jérusalem, Marie, Maternité, Miséricorde, Naissance, Nudité, Prophétie, Sage-femme, Virginité.

Rétroliens : Nous saurons ce que vaut sa douceur, La femme ne se cache pas au regard de la mer, L ami que l on n attend pas, Le cri du nouveau-né.