Reviens, reviens que nous te contemplions


Posté par Thomas DEBESSE le 12/03/2014 à 19:32. cc Licence CC by-sa (copiez-moi !)

Je vous avais présenté Sh’ma Yisrael la semaine dernière, je continue avec l’album Hamassa ma série musicale de carême, méditant sur la figure de Jérusalem.

Jérusalem est au désert pour y mourir de soif, pour qu’elle s’y retrouve abandonnée par le Père qu’elle avait oublié (Osée 2, 3). Désarmée, dévêtue, déshydratée, Jérusalem se découvre nue de ce qu’elle ne possède pas et découvre qu’elle ne se possède pas : rien n’est à elle, et rien n’est d’elle. Cette prise de conscience est aussi un souvenir, le souvenir du Père qui l’avait déjà arrachée à la mort (Ézéchiel 16, 6).

L’abandon révèle celui qui abandonne. Alors qu’abandonnée Jérusalem meurt de soif, le Christ crie pour elle « J’ai soif » (Jean 10, 28), et les mots que Jérusalem découvre à ses lèvres (Psaume 22, 2), le Christ les prononce avec elle : « Père, père pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27, 46).

Qui est celle qui remonte du désert appuyée sur son bien aimée ? (Cantique 8, 5)

Hamassa

Deuxième album : Le voyage (המסע, The Journey) par Ben Snof (בן סנוף).

Ben Snof - Hamassa

Le voyage de Ben Snof est mon coup de cœur de Noël 2013, mais il se redécouvre au carême ! Benjamin Snof est un jeune Israélien (il a mon âge) et en est déjà à son troisième album et ce dernier, Le Voyage, sorti en 2010, est excellent !

Si vous n’aimez pas trop les voix sucrées comme on en a entendu sur l’album de Barry et Batya Segal, et que vous préférez plutôt les voix incarnées, restez ! Ben Snof va vous plaire.

Ben Snof a une voix affirmée et ne chante pas du bout des lèvres et forcément sa musique vous prendra au corps vous aussi.

Je lève les yeux

Pour vous convaincre, vous pouvez écouter l’introduction de Shir Lama’alot ou son refrain « Hineh, lo yanum velo yiyshan shomer Yisrael ». Je commence par ce titre parce qu’il illustre bien la différence entre les deux albums, et surtout je pense que c’est le morceau de l’album qui met le plus en valeur la voix de Benjamin.

Le Shir Lama’alot est le cantique des degrés (psaume 121), « Je lève les yeux vers les montagnes… D’où me viendra le secours ? ». Le Hineh lo yanum est tiré du même psaume, on pourra donc comparer les différences d’interprétations. Dans Sh’ma Yisrael de Barry et Batya Segal c’est une douce méditation, dans Le voyage de Ben Snof, c’est un cri lancé vers le ciel, au sens propre.

Si je t’oublie Jérusalem

L’album de Ben Snof commence par le titre Im Eshkaheh Yerushalaim (אם אשכחך ירושלים, Si je t’oublie, Jérusalem, Psaume 137), et le refrain  « im lo a’aleh eth-yeroushalaim al rosh simeh’athiy », « si je ne fais de Jérusalem le sommet de mes joies ! ». C’est un de ses morceaux les plus célèbres, et il introduit directement l’album dans sa dimension prophétique : « Que ma langue s'attache à mon palais, si je ne me souviens de toi ». Rien de mieux pour commencer un album de chant !

Comme un lys au milieu des épines

Le titre Keshushana reprend le dialogue entre le bien aimé et la bien aimée du Cantique des Cantiques : « hinnakhe yaphah ra'eyathiy », « tu es belle, tu es belle, ma bien aimée » (Cantique 1, 15), « keshoshannah beyn hah'oh'iym kén ra'eyathiy beyn habanoth », « comme un lis au milieu des épines, telle est mon amie parmi les jeunes filles » (Cantique 2, 2), « kethapouah' ba'atséy hayya'ar kén ddodiy béyn habaniym », «  comme un pommier au milieu des arbres de la forêt est mon bien aimé » (Cantique 2, 3).

Ces paroles, « comme un lys au milieu des épines, telle est mon amie parmi les jeunes filles », résonnent particulièrement en ces temps troublés que vit la France. On dit souvent que la France est fille aînée de l’épousée, la fille de la nouvelle Jérusalem, Église de de toutes les nations. Le lys est inséparablement lié à la France, et la France est aimée ainsi : comme un lys au milieu des épines, telle est mon amie parmi les jeunes filles.

Les enfants de Dieu

Tous les titres de l’album ne sont pas des chants bibliques, mais plusieurs retiendront notre attention pour leur signification et qui peuvent nourrir notre foi.

On notera le titre « Shaarey Hupa » qui est un chant de noce juif lié au rite de l’entrée dans la Houppa, un tente ouverte symbolisant la présence de Dieu dans l’union des époux.

Autre titre remarquable par ses paroles, « Yeladim Shel Elokim », en duo avec Moshik Afia. Le titre signifie « Les enfants de Dieu ». Nous remarquerons particulièrement ces paroles : « enfants de Dieu nous avons reçu le don de la vie ». Ces paroles sont très intéressantes pour le chrétien qui, deux millénaires après le Christ, a parfois du mal à comprendre certains passages du nouveaux testament.

En fait, le titre de Fils de l’Homme étonne plus que le titre de Fils de Dieu. Fils de Dieu, c’est écrit dès la genèse, par exemple au chapitre 5, la généalogie d’Adam : « Dieu créa Adam à son image et à sa ressemblance. […] Adam engendra Seth à son image et à sa ressemblance ». Dieu est placé au sommet de la généalogie de l’Homme, et « être à l’image et à la ressemblance » est synonyme de « être fils de », avec une distinction cependant : Dieu crée Adam fils alors qu’en Adam engendre Seth fils.

« Tu es poussière et tu retourneras poussière » : Le Christ se déclare fils de cet Adam de poussière, et là est le scandale.

Le voyage

J’ai lu quelque part que Gan hacohavim (גן הכוכבים, Dans le jardin des étoiles) était une chanson dédiée à la mère de Benjamin, mais je n’ai pas réussi à croiser l’information. En tout cas c’est une très belle chanson.

Le titre Hamassa (Le voyage) qui donne son nom à l’album est un beau poème. Mais ce qui est un peu dommage, c’est que pour celui qui souhaite écouter des chants reprenant les paroles ou s’inspirant de l’ancien testament, des chants de culture juive ou tout simplement des chants en langue hébraïque, il devient difficile de ne pas être mêlé au conflit israélo-palestinien. Par exemple la majorité des vidéos en lignes illustrant Hamassa sont des montages de photos de ce conflit. On comprend évidemment que ceux qui vivent ce conflit se reconnaissent dans cette musique et qu’ils en sont certainement les premiers destinataires.

De même, la chanson Ve Shavu Banim Legvoulam s’inspire de l’histoire de l’Exil, et l’insertion à la fin de la voix de Gilad Shalit extraite de son message en captivité publié le 2 octobre 2009 est très émouvante, mais l’association entre l’expérience de foi quotidienne et ce conflit localisé est consommée.

Quand on est extérieur à ces histoires, il devient difficile de prier en paix en attendant le retour de la bien aimée Jérusalem, pas celle qu’on arrache, celle qui revient.

Jérusalem, c’est d’abord une figure prophétique, une ville, un peuple, une femme, une enfant, une prostituée que le messie doit épouser comme Osée avait prophétisé dans sa propre chair. Jérusalem est celle qu’on attend, et c’est dommage que son nom soit devenu le symbole d’un conflit de ce siècle déjà mort.

Osée épouse la prostituée comme le messie épouse Jérusalem. Jérusalem est cette femme conduite au désert pour que Dieu parle à son cœur, certes, mais d’abord pour qu’elle y meure de soif.

Jérusalem est cette femme qui remonte du désert appuyée sur son bien aimée.

Reviens reviens que nous te contemplions !

Être prophète c’est recevoir l’Église comme cette épouse messianique, la Jérusalem épousée, et dès ici-bas vivre l’attente de la création nouvelle, où tout homme pourra contempler la nouvelle Jérusalem.

Je veux chanter Jérusalem, je veux attendre Jérusalem sans être mêlé à un conflit moderne qui ne changera rien à mon attente. Être prophète c’est vivre sa part du mystère de salut, et être prophète aujourd’hui, c’est vivre l’attente. L’Attente de Jérusalem est un avent qui se vit aujourd’hui, car Jérusalem revient d’elle-même, avec le messie. Qui est-celle qui remonte du désert, appuyée sur son bien-aimé ? L’attente de Jérusalem est aussi un carême, la montée vers le sacrifice.

La prophétie à vivre dans ce mystère de Jérusalem, c’est d’attendre la bien-aimée. Reviens que nous te contemplions !

Shuvi, Shuvi…

Je ne commenterai pas tous les morceaux, je terminerai par le plus important à mes yeux, et ce chant justifie à lui seul d’acheter l’album et de l’écouter en boucle, et d’écrire le présent article.

En fait cet article et même cette série d’articles ne sont que prétexte à vous présenter cette chanson : Shuvi (שובי), Reviens.

Il est très probable qu’après avoir écouté ce chant vous vous surpreniez à chanter ces mots intérieurement. Shuvi, Shuvi.

« Shuvi », « Reviens », cette parole du Cantique se prononce comme une respiration. Certains respirent la prière du cœur « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur », mais c’est aussi une grande grâce de respirer ces paroles : « Reviens, reviens que nous te contemplions », « shouviy shouviy veneh’ezeh-bakhe » (Cantique 7, 1).

Le Shuvi hébraïque est un peu comme le « Philèsato me » grec, il se respire, il s’habite, il se vit. Que ta bouche le prononce souvent, et quand tu fais entendre ton silence, que ton âme le répète au fond de toi !

Écoute Israël

Quelques extraits de la musique de Ben Snof sont écoutables sur le site internet de Ben Snof et une très grande partie de sa discographie est disponible officiellement sur son profil YouTube.
Attention, les listes de lecture ne sont pas dans l’ordre de l’album, c’est dommage parce que par exemple les deux remix en bonus qui sont normalement en fin d’album se retrouvent au début de la liste de lecture alors que ça n’est pas du tout représentatif.

Voici une petite sélection que je vous recommande particulièrement : שיר למעלות - Shir lamaalot - Cantique des degrés, שובי - Shuvi - Reviens, אם אשכחך ירושלים - Eim Eshkahec Yerushalaim - Si je t’oublie Jérusalem, ילדים של אלוקים - Yeladim Shel Elokim - Les enfants de Dieu, כשושנה - Keshushana - Comme le lys, שערי חופה - Shaarey Hupa - Les portes de la Houppa.

Attention, la charnière du boîtier est à droite ! ;)

À noter qu’on retrouve aussi en ligne son deuxième album, הנה הוא בא - Voila, il vient. L’album semble épuisé. On y retrouve apparemment un titre qu’il a chanté lorsqu’il avait treize ans !

L’album Hamassa - Le voyage peut être acheté sur le site Israel Music (12,17 € à l’heure où j’écris ces lignes, mais attention aux frais de ports !).

Le prochain album de cette série méditative et musicale en compagnie de Jérusalem sera un album du Bethabara Boys Choir.


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Lecture conseillée : Pour l’amour de Sion, Jérusalem, Ô ma joie !

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