S’il vous plaît, soyons raisonnables


Posté par Thomas DEBESSE le 30/09/2015 à 23:53. cc Licence CC by (copiez-moi !)

What do you want me to do? LEAVE? Then they'll keep being wrong!
xkcd, Duty Calls, CC by-nc.

Polémique stérile

Les Cahiers libres ont publié ce 30 septembre un article de Charles Vaugirard titré bizarrement « La France est-elle une race ? », il se voulait être une réflexion travaillée sur la polémique récente de Nadine Morano ayant voulu reprendre les propos de Charles de Gaulle qui avait déclaré que le peuple européen était de race blanche. Remarquez déjà combien cette personne politique avait confondu pays et peuple en parlant de « pays de race blanche », ce qui disqualifiait d’office son discours.

Il y a un problème avec cet article, il est faux depuis le titre. Il est faux dès l’exposé du problème, exactement comme Nadine Morano s’est disqualifiée elle-même.

Même le plus raciste des racistes ne dira pas que la France est une race. Pour donner un exemple cash, même Adolf Hitler ne disait pas que l’Allemagne était une race, il soumettait la nation allemande à une hypothétique race aryenne, mais ne considérait pas l’Allemagne comme une race. Même Adolf Hitler employait la relation d’appartenance et non la relation d’identité pour fonder son idéologie raciale.

Bref, même le pire des néonazis ne dira jamais que la France est une race.

Avec une question posée de cette manière, nul besoin d’un aussi long développement, la réponse est simple et rapide :

La France est-elle une race ?
Non.

Nul besoin de prouver que les races humaines n’existent pas, même si elles existaient, la France ne serait pas une race. La question est inepte et est incapable de rendre compte de la polémique que l’article veut pourtant décrire.

Charles Vaugirard se défend d’avoir voulu faire référence à une phrase de Jacques Bainville : « La France est mieux qu’une race : c’est une nation ». Remarquez que cette tentative ratée de référencer Jacques Bainville porte aussi peu honneur à Bainville que Nadine Morano n’honore Charles de Gaulle.

Patrie, nation, état

La notion de fils adoptif est très importants : l’adoption ne nie pas le lien du sang de la famille, le lien du sang ne nie pas la complète appartenance familiale de l’adopté. C’est entre autre pour cela qu’il ne peut y avoir identité entre nation et race, au delà même du fait que la famille (la nation) est partie de l’espèce et que s’il y avait des races, la nation serait partie de la race, mais il ne pourrait pas y avoir identité entre ces deux concepts.

Aussi, la notion de famille et de nation exclut l’idée de race, car justement, une famille est le fruit de plusieurs unions qui impliquent des unions avec d’autres familles (d’autres nations). Les vieilles monarchies avec leurs unions politiques en témoignaient très bien : quand le prince Français épousait la princesse d’Autriche, il y avait union de deux nations. Cette exogamie (toute relative il est vrai) est suffisante pour exclure de facto l’identité race/nation.

Il existe des nations sans patrie (c’est le principe même du nomadisme).

L’état français n’est pas une race, la patrie française n’est pas une race, et la nation française n’est pas une race.

Homme de paille

Il est possible de débattre sur ce qui définit et caractérise la nation Française, et ce qui ne la définit pas et ne la caractérise pas, la réflexion serait très intéressante, mais la direction prise par cet article est erronée dès le titre.

Il est écrit dans l’article « Terre et nation sont deux concepts étrangers à celui de race », bien évidemment, mais cet article est le seul qui fasse la confusion, et qui fonde tout le développement sur cette confusion. En fait nous avons affaire à une espèce d’anti tautologie : les prémisses sont faux dès le départ, ce qui rend l’exercice d’invalidation incroyablement aisé, mais irrecevable.

Le développement est en fait fondé sur un homme de paille grossier.

En fait Nadine Morano avait déjà fait une grosse erreur de raisonnement et sont discours était disqualifié dès le début, en ayant parlé de « pays de race blanche » eu lieu de « peuple de race blanche » (propos de Charles de Gaulle). En fait on s’en moque complètement de la race, le discours est faux.

Le problème c’est que Les cahiers libres répondent à cette ineptie en faisant une erreur du même acabit…

Nation et religion

Il y a un autre problème dans cet article, l’appropriation de la définition d’une nation comme un rassemblement autour de principes spirituels :

Ernest Renan a donné une belle définition de la nation, et là encore il n’est pas question de lignées familiales mais de rassemblement autour de principes spirituels.

Le lien qui rassemble autour de principes spirituels s’appelle religion, ce n’est pas la nation. La confusion nation/religion est dangereuse. Le premier danger est qu’elle est incompatible avec la catholicité. Le second danger est que cette confusion ne tolère pas la liberté religieuse. C’est très important, car s’il y a identité entre nation française et religion française, cette religion qui fait identité avec la nation est pire qu’une religion d’état car cette religion serait circonscrite à la nation et soumise aux mêmes distinctions que les nations, et cette religion serait sous l’administration de l’état.

Voici ce que cela signifie :

Ces deux points sont très important, parce qu’ils montrent toute la problématique de nos vieilles sociétés européennes post-chrétiennes qui se condamnent à ne pouvoir tolérer de spirituel que l’occulte, car ce qui est caché ne peut révéler l’aspect intrinsèquement faux de cette posture intellectuelle.

Un bon exemple de chantre de ce type de confusion nation/religion aujourd’hui est Vincent Peillon. Vincent Peillon n’a pas de problème avec le christianisme excepté sur un point : le caractère catholique du christianisme, ce point là ne lui est pas acceptable et il explique très bien pourquoi.

L’idéologie révolutionnaire se serait très bien accommodée du christianisme si celui-ci avait pu être assujetti au totalitarisme de l’état, en devenant une des fonctions du pouvoir (comme dans l’anglicanisme). Au contraire, le catholicisme n’est pas tolérable car il est transversal à l’état, et accessoirement, le catholicisme place le libre arbitre de l’individu au dessus de l’état (et même l’enseignement de l’Église est soumis au libre arbitre, et non l’inverse).

La France n’est pas ma religion.

Soyons raisonnables

Le développement de l’article appelle le règne de la raison à advenir, commence par une tromperie rhétorique, et continue en confondant le tout et la partie… C’est dur…


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