Le témoignage de fidélité, expression renouvelée de la foi


Posté par Thomas Debesse le 28/05/2026 à 15:30. cc Licence CC by (copiez-moi !)

Le témoignage de fidélité, expression renouvelée de la foi
→ regarder sur la chaîne Youtube N’oubliez pas de vivre (Licence CC By)

Vous serez mes témoins jusqu'aux extrémités de la terre.

Voici le thème de notre pèlerinage.

Et de quoi témoignons-nous ? De la foi que Dieu nous a sauvés. C'est-à-dire que nous sommes saints, nous sommes déjà saints, nous sommes déjà sauvés. Nous recevons l'état de grâce dans le baptême. Nous devons le conserver.Nous devons le retrouver dans le sacrement de pénitence. C'est notre sainteté qui nous permet de nous unir au Christ dans l'Eucharistie. C'est notre sainteté que nous a donné le Christ lui-même, par son sacrifice, dans notre baptême, par son Eucharistie.

Et ceci est un topo sur la fidélité comme expression renouvelée de la foi.

Vous serez mes témoins jusqu'aux extrémités de la terre. Il y a en quelque sorte dans cette affirmation un ordre, mais surtout un constat. Vous serez témoins parce que vous témoignerez. Mais alors qu'est-ce qu'un témoignage ? De quoi témoignons-nous ? De qui témoignons-nous ?

Nous témoignons du Christ, mais comment en témoignons-nous ? J'ai participé à diverses oeuvres missionnaires, d'évangélisation directe par foi. Et là où certains mouvements plus traditionnels insistent évidemment sur l'annonce de l'évangile et du kérigme. Donc le kérigme, c'est le condensé de la foi. Jésus est Messie, Fils de Dieu, il est mort et résuscité pour nous sauver. Et il nous appelle à la conversion.

Donc de toute façon, tous les mouvements missionnaires font ça. C'est notre premier témoignage.

Mais voilà, certains mouvements plus charismatiques insistent aussi beaucoup sur le témoignage personnel. En fait, notre expérience, comment ça nous a touchés, comment ça nous habite. Et c'est important aussi. Mais cette insistance sur le témoignage personnel a toujours été difficile pour moi.

Parce que je me suis rendu compte que le seul schéma qui était prévu, était en fait le témoignage du converti. Et c'est très bien d'avoir le témoignage des convertis. Les convertis ravivent la flamme de la foi. Mais pour quelqu'un qui a été éduqué dans la foi depuis tout petit, qui s'est affermi au fur et à mesure des années, eh bien on ne rentre pas dans ce cadre de celui qui un jour fait une rencontre, une expérience physique qui se fait retourner comme une crêpe, qui tombe à genoux, qui se convertit d'un coup progressivement, mais avec un avant et un après bien discernables.

Et le converti, lui, il a besoin de notre témoignage de fidélité.

Ceux qui ont été éduqués dans une famille catholique peuvent aussi vivre cela, cette conversion, mais pas tous. Enfin, pas une conversion aussi spectaculaire. Charles de Foucault ne grandit pas dans l'ignorance de la foi chrétienne. Il suit un chemin de débauche puis de conversion. Mais que se passe-t-il quand vous n'avez pas eu cette vie, et que vous avez bien sûr vos faiblesses ? Vous n'êtes pas parfaits, mais vous n'avez pas ce témoignage-là à donner.

Ça ne veut pas dire que vous n'avez pas de témoignage. Vous devez être témoin, et vous le serez. Vous serez témoin jusqu'aux extrémités de la terre. C'est une promesse. Et comment cette promesse se réalise-t-elle ? Comment serez-vous témoin jusqu'aux extrémités de la terre ?

Nous sommes déjà saints parce que nous sommes déjà sauvés. Le Christ est mort pour nous. Il a épousé l'Église sur la croix.

L'Église, dans son processus de canonisation, évalue ce qu'on appelle l'héroïcité des vertus. Et savez-vous à quelle vertu se rapporte la fidélité ? La fidélité se rapporte à la vertu de foi. En fait, la foi et la fidélité, c'est quasiment la même chose. La fidélité, c'est la façon d'où nous exprimons notre foi. Le mot latin pour la foi se dit « fidei ». Fidélité, c'est quasiment le même mot. La fidélité dérive directement de la foi. Nous disons d'ailleurs que les fidèles, ce sont les croyants. Les croyants, ce sont les fidèles. Et les infidèles, ce sont les incroyants.

Mais pourquoi cette distinction entre foi et fidélité ? La foi est un don. Mais si nous étions en dehors du temps, des purs esprits, et qu'un unique acte d'adhésion ou de refus décidait de nous pour l'éternité de notre vie, nous ne pourrions pas vraiment être fidèles. En fait, dans le langage courant, on pourrait dire que nous aurions été fidèles, que nous aurions agi par fidélité, que nous serions restés fidèles, mais c'est un anthropomorphisme de parler ainsi. Ça suppose un avant, un après, une temporalité, une incarnation.

Le propre de la foi de l'homme, c'est d'exprimer sa foi dans la fidélité. La fidélité est l'expression de la foi, donc l'expression renouvelée de la foi. Et la fidélité est un moyen inévitable de l'expression de la foi, car la foi est une vertu. Si on demande à quelqu'un : as-tu la foi ? Il peut répondre oui, et il peut répondre non, mais est-ce qu'il a vraiment la foi ? Comment on le vérifie ? Comment on le sait ? Peut-être est-il persuadé d'avoir la foi ? Peut-être ce qu'il appelle foi est une conviction et non une vertu ? Peut-être n’est-ce qu'un sentiment et non une vertu ? Peut-être que ce qu'il appelle foi n'est pas la foi ?

Quand on dit avoir la foi, on désigne quelque chose d'intérieur, d'intime. On ne peut pas vraiment évaluer cette prétention d'avoir la foi si elle n'est pas exprimée de manière qu'un autre puisse en témoigner pour soi. La foi n'est pas seulement une conviction, ce n'est pas seulement une adhésion interne.

Nous sommes prophètes, c'est-à-dire que nous sommes expression. Le fait d'être prophète, c'est d'exprimer une vérité. Notre vie est une prophétie, notre vie est une expression, notre personne est une expression. Notre vie est l'expression d'une vérité et nous sommes l'expression d'une vérité. Notre vie doit être l'expression de cette foi par le témoignage de la fidélité.

Notre nature incarnée fait qu'il n'y a pas d'acte de foi sans un acte matériel, par un geste, une parole ou un renoncement. La foi supporte notre agir quotidien et ce quotidien supporté par la foi est une fidélité. La sainteté est l'héroïcité des vertus.

La vertu est un habitus dans le bien, c'est-à-dire l'habitude de faire le bien. C'est un renouvellement de cette expression de foi et la fidélité nourrit la foi en retour. La foi est le renouvellement, la fidélité est le renouvellement de la foi exprimée. C'est une habitude renouvelée, exprimée de manière continuelle et durable.

Et donc, je disais que la foi appartient à l'intime, au for interne, alors que la fidélité appartient au for externe, et que la fidélité est le témoignage de notre foi.

Si, par exemple, on pose la question : « Nos pasteurs ont-ils encore la foi ? », on peut en discuter longtemps et, en fait, on parle pour ne rien dire. Par contre, si je pose la question : « Nos pasteurs sont-ils fidèles ? », là, nous pouvons évaluer la fidélité du pasteur.

Et si vous posez la même question : « Thomas a-t-il la foi ? », il y a peu de chances que je vous réponde. Et si je dis oui, est-ce que vous allez me croire ? Par contre, si vous posez la question : « Est-ce que Thomas est fidèle ? », ma fidélité parle pour moi. Mes actes parlent pour moi. C'est déjà là un témoignage. Je n'ai pas besoin d'en parler. Même d'autres personnes peuvent répondre à ma place. Car ma fidélité est mon témoignage.

Et donc, votre fidélité est aussi votre témoignage de foi. La sainteté se vit dans l'héroïcité des vertus. Et l'héroïcité des vertus se mesure de manière objective en jugeant le for externe. Donc la foi est une vertu théologale. Et l'expression de la foi s'appelle la fidélité.

Le martyr, tué pour sa foi, est fidèle jusqu'au bout. Sa fidélité est son témoignage. Et celui qui est fidèle toute sa vie, témoigne tout autant.

Le témoignage de la fidélité est difficile à discerner car notre siècle est centré sur l'instant. Le geste isolé est mieux valorisé. Et c'est très bien d'avoir des actes isolés et héroïques. Mais l'héroïcité s'applique aussi à la vertu, dans l'exercice renouvelé, de l'Espérance, de la Foi et de la Charité.

Il faut du courage pour demander quelqu'un en mariage, de proposer à quelqu'un le mariage. Mais cela ne suffit pas. Le sentiment que vous avez n'est pas une fidélité. C'est peut-être un pari au début, c'est au mieux un courage. Mais ce n'est pas encore de la fidélité.

La parole que vous avez eue en disant « je t'aime » un jour, elle doit être renouvelée tous les jours. Et c'est ça, l'héroïcité de la vertu.

Et je reprends l'exemple du témoignage de conversion. Certains pourraient dire que ce témoignage est favorisé parce qu'il est spectaculaire. J'ai employé ce mot tout à l'heure. Mais en disant cela, vous supposerez que le spectaculaire se réserve à un geste, à un moment, un fait particulier, à un instant précis.

Pourtant, on peut tout à fait dire que 40 ans de mariage, c'est spectaculaire. On peut aussi dire que 40 ans de virginité, c'est spectaculaire.

Trop souvent, nous faisons l'erreur de supposer, par habitude et donc par vice, que de tels qualificatifs ne s'appliquent pas à la fidélité. Mais la définition du spectacle, c'est la manifestation publique. Nous parlons donc bien du for externe, du témoignage remarquable ou admirable, qui peut donc être tout aussi spectaculaire quand il est exprimé dans le temps long.

La fidélité est admirable. 10 ans de fidélité, c'est admirable. 30 ans de fidélité, c'est admirable. Une vie de fidélité, c'est admirable et c'est spectaculaire. Et voilà où se trouve votre témoignage : dans la fidélité.

Le témoignage de fidélité ne ment pas, car la fidélité est le renouvellement de la vérité.

Dans le catéchisme de Saint-Pie X, la question est posée : « Êtes-vous chrétien ? » La réponse est : « Oui, je suis chrétien par la grâce de Dieu ». Car oui, nous sommes saints, nous sommes déjà sauvés par la grâce de Dieu. La foi est un don.

La question suivante demande : « Pourquoi dites-vous par la grâce de Dieu ? » À quoi nous répondons : « par la grâce de Dieu parce qu'être chrétien est un don gratuit de Dieu que nous n'avons pu mériter ».

Nous avons reçu la grâce. Nous sommes déjà sauvés. Nous devons garder la foi. Nous devons conserver notre état de grâce. Nous devons être fidèles. Et la foi est aussi une vertu.

Ensuite, la question est posée : « Quel est le vrai chrétien ? » Nous sommes là pour témoigner aux extrémités de la terre, quel est le vrai chrétien ? Réponse : « Le vrai chrétien est celui qui est baptisé, qui croit et professe la doctrine chrétienne et obéit aux pasteurs légitimes de l'Église ».

Nous croyons et nous professons. Nous sommes prophètes. Notre vie est une expression. Le témoignage de notre fidélité s'exprime particulièrement dans l'obéissance aux pasteurs légitimes de l'Église.

Je précise parce que ça ne s'entend pas à l'oral, mais « pasteurs légitimes » est au pluriel. Le pluriel est important parce que la légitimité du pasteur se trouve dans la filiation apostolique.

La fidélité est une fidélité envers une personne. Nous pouvons dire parfois que nous sommes fidèles à la vérité, mais plus exactement, nous sommes fidèles à une personne. Car la vérité a un nom et un visage. Nous sommes fidèles au Christ et donc à son Église.

La légitimité des pasteurs de l'Église n'est pas le produit d'un contrat social. Ce n'est pas notre conviction ni une convention sociale qui produit la légitimité des pasteurs. La légitimité des pasteurs de l'Église ne se retrouve pas non plus dans leur conviction personnelle, leur pratique des vertus ou la droiture de leur enseignement.

La légitimité des pasteurs de l'Église se trouve dans la succession apostolique. C'est d'ailleurs ce qui leur permet de se convertir. Et cette succession apostolique est une expression de fidélité.

Soyez fidèles et votre fidélité témoignera pour vous. Par votre fidélité, par votre obéissance, vous serez témoins jusqu'aux extrémités de la terre. Vous serez témoins du Christ et de son Église jusqu'aux extrémités de la terre.


Addendum par Thomas Debesse le 28/05/2026 à 15:35.

Le pape Léon XIV a publié ce même 25 mai 2026, lundi de Pentecôte, son encyclique Magnifica humanitas dans laquelle il nous dit :

« La civilisation de l’amour ne naît pas d’un geste unique et spectaculaire, mais d’une somme de petites et tenaces fidélités faisant barrage à la déshumanisation. »


Partager sur Facebook ou twitter cette page.
Pour partager cette page vous pouvez aussi copier/coller cette adresse :
https://illwieckz.net/journal/Le_témoignage_de_fidélité_expression_renouvelée_de_la_foi


Lecture conseillée : Chartres 2026 nous sommes ceux qui venons après, De Paris à Chartres une leçon de fidélité, Chartres faire de son mieux pour être toujours prêt, Chartres 2023 la transmission, Chemin bottes et chocolat.

Étiquettes : Chartres, Christianisme, Église, Fidélité, Pèlerinage.

Pas de rétroliens.